Publié le 19 novembre 2018

Discours d'Annick Girardin >Journée outre-mer du 101e Congrès des maires et des présidents d’intercommunalités de France

Annick Girardin, Ministre des outre-mer est intervenue lundi 19 novembre 2018, en ouverture de la Journée outre-mer à l’occasion du 101e Congrès des maires et des présidents d’intercommunalités de France au Sénat.

Seul le prononcé fait foi

 

Monsieur le Président du Sénat,

Monsieur le président de l’Association des maires de France,

Mesdames et messieurs les parlementaires, membres des délégations à l’outre-mer de l’Assemblée nationale et du Sénat,

Mesdames et messieurs les présidents d’associations départementales de maires, les maires et présidents d’intercommunalités des départements et collectivités d’outre-mer,

Mesdames et messieurs, chers amis,

 

Je voudrais commencer mon intervention en évoquant la situation à La Réunion. Comme vous le savez, le mouvement des Gilets Jaunes a été suivi intensément sur l’île. Près de 2000 manifestants ont tenu 400 barrages sur le territoire. Ces manifestations ont laissé la place à des scènes de violences intolérables, notamment la nuit dernière.

Si je suis très attachée au droit de manifester, je le suis également en ce qui concerne la liberté de circuler et le respect de l’ordre public. Je suis en lien permanent avec le préfet de La Réunion qui a demandé des renforts qui devraient arriver de Mayotte dans la journée afin que nous rétablissions l’ordre rapidement.

Pour revenir à une note plus générale, je tiens d’abord à remercier l’ensemble des élus locaux qui se sont mobilisés lors des Assises des outre-mer. Je le disais l’année dernière et je le réaffirme aujourd’hui : chers maires et présidents d’intercommunalités, vous avez été les pierres angulaires du bon fonctionnement de l’exercice.

Un exercice de consultation sans précédent qui s’est traduit par la remise du Livre bleu outre-mer au président de la République en juin dernier.

Loin d’être une conclusion, ce Livre bleu constitue le point de départ de la transformation des outre-mer en territoires de rayonnement. En tant qu’élus locaux, au plus près des préoccupations, des attentes et des besoins de nos concitoyens, vous êtes évidemment des acteurs de premier plan de cette transformation.

 

Vous le savez, les attentes sont claires : une qualité de vie améliorée, des services publics mieux adaptés aux territoires, des crèches et des transports, un système de santé performant, des formations et des emplois pour la jeunesse ultramarine, une société moins inégalitaire et plus solidaire.

Ce Livre bleu n’a pas vocation à remplir les étagères pour tomber dans l’oubli, c’est un outil au service des territoires : l’ensemble des mesures inscrites engage le gouvernement pour mener à bien les politiques publiques ultramarines sur le reste du quinquennat.

Mais, vous me connaissez, je resterai une éternelle pragmatique : il y a l’écrit et la réalité. Une réalité que vous vivez au quotidien. Une réalité que j’ai vécue à l’occasion de chacun de mes déplacements dans vos communes.

Je connais vos problèmes : qu’il s’agisse de la dengue à La Réunion, des sargasses et de la chlordécone aux Antilles, de la problématique de l’accès à l’eau en Guadeloupe et en Polynésie française, des questions sécuritaires et migratoires à Mayotte et en Guyane.

Mais nous répondons présent, par exemple : la reconstruction durable de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, le bon déroulement du référendum en Nouvelle-Calédonie ou encore la construction d’un internat de la réussite à Saint-Pierre-et-Miquelon, la  construction d’un nouvel établissement de santé en Guadeloupe et en Guyane, les financements d’établissements scolaires à Mayotte, la cité judiciaire de Saint-Laurent-du-Maroni ou encore le projet de centre de la mémoire à Papeete sont là pour en témoigner.

Et c’est toujours par l’échange, le dialogue et la co-construction que nous sortons par le haut des crises.

Cet amour du terrain ne me perdra jamais. Les engagements du Livre bleu, c’est bien. Mais c’est encore mieux lorsque des projets concrets sont visibles par nos concitoyens. Elle est là la finalité du Livre bleu et sachez que l’Etat sera toujours à vos côtés pour vous accompagner dans la transformation de vos territoires.

Plusieurs projets remontés des Assises permettent de mettre en valeur le dynamisme des territoires.

Je pense par exemple à Capeline, le centre réunionnais d'accompagnement pédagogique en ligne qui vise à offrir des outils complémentaires aux enfants et aux parents pour faciliter l'apprentissage.

Je pense aussi à la caravane-pirogue du fleuve Maroni aux rives de l'Oyapock, qui propose des activités socio-éducatives aux jeunes de Guyane, ou au projet de mobilité éducative pour les jeunes Mahorais.

Je pense aussi à la création du village pilote de l'aménagement durable à Wallis-et-Futuna, qui engagera ses habitants dans une démarche respectueuse de l'eau du lagon.

Le Livre bleu a également permis d’engager des projets pour la jeunesse en Nouvelle-Calédonie : extension du RSMA à Bourail, création d’un Établissement régional d’enseignement adapté (EREA), création d’un Institut thérapeutique et d’un internat de réussite éducative. 

En Polynésie française, un financement exceptionnel de 10M€ a pu être obtenu, grâce aux Assises, pour soutenir le développement du numérique. J’entends la préoccupation exprimée ce matin par les maires de ce territoire, dans une configuration très atypique puisque les communes n’ont ni les mêmes compétences ni les mêmes moyens qu’ailleurs. Je suis convaincu que c’est par le dialogue avec le Pays que des solutions pourront être définies.

J'ai également en tête la création du premier concept d'éco-taxi senior, qui répondra aux besoins de mobilité des seniors isolés des quartiers ruraux du Vert-Pré en Martinique.

Ou encore au projet de création d'atelier "sport santé" à Saint-Martin permettant de pratiquer des sports variés et d'être sensibilisé aux bonnes pratiques alimentaires aux côtés de spécialistes.

Le débat d’orientation générale auquel j’ai assisté posait une question : « entre urgence et long terme : quelle vision pour les territoires d’outre-mer ». Plus qu’une vision, ce sont des positionnements politiques assumés que je suis venu vous présenter. C’est aussi une méthode : le mode projet. L’Etat doit vous garantir des moyens. Et nous avons besoin de vous pour identifier des projets porteurs qui répondent aux attentes de vos concitoyens. C’est cette synergie, ce mode projet, qui nous permettra de construire ensemble les outre-mer de demain.

***

Les  outre-mer sont des territoires à vivre. Et c’est là que résidait toute l’importance des Assises : les ultramarins eux-mêmes ont priorisé leurs besoins et attentes.

Une des plus préoccupantes, c’est l’accès aux soins.

En tant que maire, quelle réponse apporter, comment mettre en œuvre l’attractivité de votre commune, comment parer au phénomène des déserts médicaux ? A cela, l’État vous répond, je vous réponds. C’est d’abord créer des postes de médecins spécialistes «outre-mer ». C’est un engagement du ministère que je conduis avec ma collègue Agnès BUZYN, ministre de la Santé. Les recrutements ont démarré en novembre, une centaine sont déjà prévus pour 2019.

Autre sujet de préoccupation, nos enfants, et c’est bien normal. Et à cela je vous réponds : nous allons mettre la priorité sur le développement des crèches, notamment en Guyane, à Mayotte et à La Réunion, là où les besoins sont les plus prégnants. Et je tiens à vous informer de l’expérimentation de « guichets uniques de la petite enfance » sous l’égide des CAF qui va accélérer les créations de place.

Enfin, une mission actuellement en Polynésie française devra poser les bases de la future convention entre l’État et le Pays concernant le Régime de solidarité (RSPF).

 

Des territoires à vivre, c’est aussi des habitats dignes pour tous.   Avant la fin de l’année, Julien DENORMANDIE et moi-même lanceront une grande conférence sur le logement outre-mer.

Mobilisons-nous pour faire évoluer cette politique vers plus de social et interpeller les acteurs du secteur sur leur capacité à améliorer l’accès au logement des ménages ultramarins les plus fragiles. Et je sais combien vous êtes confrontés au quotidien à ces difficultés.

Mon objectif  est  de redynamiser le plan logement outre-mer 2015 - 2020 jusqu’à la fin du quinquennat, grâce notamment à la loi ELAN.

Je sais aussi l’attente de vos administrés au sujet des « APL accession », ces allocations qui permettent aux ménages modestes d’accéder à la propriété et de réhabiliter leur logement. Je le réaffirme devant vous : le Gouvernement les rétablira en 2019 de manière transitoire et exceptionnelle afin de solder l’ensemble des opérations engagées qui n’ont pu être menées à terme du fait de la suppression des APL en 2018 et nous travaillerons ensemble à un nouveau dispositif d’accompagnement pour le futur.

 

Autre demande forte des communes, les infrastructures sportives. Je ne vais pas vous faire l’inventaire du nombre de champions ultramarins qui ont fait, font et feront la gloire de la France. Nous en sommes fiers. Mais je sais que l’excellence, le haut-niveau constitue un rêve pour nos jeunes. Mais comment peuvent-ils l’atteindre sans un terrain de sport décent dans leur commune ? C’est une évidence mais je suis lucide sur le retard accumulé en la matière outre-mer.  

Pour cette raison, ce sont au total 56 millions d’euros qui seront investis dans les infrastructures sportives outre-mer pour le reste du quinquennat.

Bien entendu, ma bataille prioritaire doit rester celle pour l’emploi. Nous avons eu l’an passé des débats « nourris » sur les contrats aidés.  

Aujourd’hui ces contrats sont devenus des « parcours emploi  compétence ». Et le président de la République l’a rappelé aux Antilles, la part des outre-mer sera préservée dans l’enveloppe nationale pour 2019.

Le livre bleu l’indique également : 11 380 formations supplémentaires seront financées dès cette année au profit des publics les plus éloignés, au même titre que la garantie jeune.

Au total, c’est plus de 700 millions d’euros investis jusqu’à 2022 pour le plan investissement dans les compétences en outre-mer.

***

Si les outre-mer sont des territoires à vivre, ils sont aussi des territoires à accompagner dans leur transformation avec des collectivités pleinement soutenues, par des moyens financiers et humains, notamment dans leurs besoins en ingénierie.

En termes d’investissement public, les crédits du FEI sont portés de 40 M€ à 110 M€ par an. Ce niveau d’engagement sera maintenu tout au long du quinquennat avec près de 500 M€ que nous affectons au financement des infrastructures essentielles des territoires.

L’investissement public, c’est aussi les contrats de convergence prévus par la loi EROM, auxquels j’ai souhaité ajouter le terme de « transformation ». Ils seront signés dans les prochains mois et scelleront les engagements de l’État et des collectivités jusqu’en 2022. Les outre-mer sont en avance sur l’Hexagone ! Sur 4 ans, l’effort de l’ensemble des périmètres ministériels s’élève à plus de 2 milliards d’euros au total.

Accompagner les territoires, c’est permettre aux collectivités d’exercer pleinement les compétences dont elles ont la responsabilité.

Aujourd’hui, nous partageons tous le constat d’une trop grande fragilité financière des collectivités ultramarines.

J’ai souhaité me saisir pleinement de cette question sur laquelle je suis régulièrement interpellée : par les élus bien sûr, mais également par les chefs d’entreprises.

L’année 2019 doit être mise à profit pour engager avec vous un travail de fond sur ce chantier que j’estime prioritaire. La Conférence nationale des territoires voulue par le président de la République doit être ce lieu de dialogue, de travail et de propositions.

Oui, un travail sur l’amélioration et la fiabilisation des ressources des collectivités est indispensable : bases fiscales, fiscalités indirectes, dotations. Mais ce travail sur les ressources doit impérativement s’accompagner, vous le savez, d’une réflexion sur une meilleure maîtrise de la dépense des collectivités. Ne pas le faire nous exposerait à une fuite en avant dangereuse pour l’avenir.

Ces réflexions seront abordées lors de la table ronde consacrée aux finances locales cet après-midi, je vous invite à y participer.

Je ne pouvais raisonnablement conclure mon intervention sans aborder les 17 objectifs de développement durables (ODD) ! 17 ODD qui recouvrent les enjeux du climat, de la biodiversité, de l’énergie, de l’eau mais aussi de la pauvreté, l’égalité des genres ou encore la prospérité économique.

Mais j’ose une question et fait par là-même mon auto-critique : est-ce que cela vous parle ? Est-ce que nos concitoyens entendent ce message ? 2030, c’est loin. Pour certains, même demain c’est loin.

Consciente du manque de visibilité et de la difficulté à communiquer efficacement sur les 169 cibles que ces ODD recouvrent, j’en résumerai l’ambition autour de quelques objectifs :

  • des territoires « bas carbone » grâce à des programmations pluriannuelles de l’énergie accompagnant le développement de la mobilité électrique ;
  • des sociétés économes, voire préservatrices des ressources à l’aide du plan eau DOM ou du tri des déchets à la source ;
  • des populations protégées des pollutions et des substances chimiques  par des alternatives aux produits phytosanitaires ;
  • des sociétés inclusives luttant contre toute forme d’exclusion et accompagnant les ménages les plus fragiles vers un logement  ;
  • des territoires résilients face au changement climatique et aux risques naturels.

A ce titre, les plans multirisques que le livre bleu propose d’expérimenter seront sans aucun doute un moyen d’améliorer le travail concerté entre l’État et les collectivités sur l’information préventive.

Vous serez évidemment associés au cours des prochains mois à la construction puis à la mise en œuvre de cette grande stratégie de développement durable du ministère des outre-mer.

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Chers maires,

Au lendemain d’un week-end marqué par de nombreuses manifestations, je tiens à saluer l’engagement et la mobilisation sans faille dont vous faites preuve.

Être maire, c’est être l’élu le plus connu de ses concitoyens tout en étant le plus exposé au mécontentement et aux critiques. On peut y voir là un véritable sacerdoce. Toutefois, c'est aussi celui auquel nos concitoyens accordent le plus leur confiance.

Et à ce titre, je tiens à vous exprimer mon plus profond respect.

Je vous remercie.

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