Publié le 23 janvier 2018

Discours à l’occasion de la rencontre avec les associations de lutte contre les violences faites aux femmes à Pirae (Polynésie française)

Dimanche 21 janvier 2018, premier jour de son voyage officiel en Polynésie, la ministre a rendu visite aux femmes résidentes du foyer d’accueil « Pu O Te Hau » à Piraé. La ministre a prononcé un discours et rencontré les associations de lutte contre les violences faites aux femmes et de protection de la famille.

Monsieur le Président de la Polynésie française, Mesdames et messieurs les parlementaires,
Monsieur le haut-commissaire,
Monsieur le procureur général,
monsieur le procureur
Madame la présidente du Conseil des femmes de Polynésie française,
Mesdames et Messieurs les membres des associations,
Mesdames et messieurs,
 
Il y a tout juste un mois, lors de mon déplacement en Martinique, on me remettait le rapport du Conseil économique social et environnemental (CESE) consacré à la lutte contre les violences faites aux femmes en outre-mer.
Comme je l’ai dit alors, parler des violences faites aux femmes, c’est soulever des questions douloureuses, souvent taboues, et c’est encore plus vrai dans les territoires d’outre-mer.
Ce rapport énonce une vérité qui dérange : oui, le volume des violences faites aux femmes est plus important en outre-mer que dans l’hexagone. Les chiffres pour la Polynésie française ne font pas exception :
 
Chaque année, en moyenne, ce sont plus de 1500 femmes qui sont victimes de violences criminelles ou délictuelles.
Ces chiffres font froid dans le dos, cela revient à dire que chaque jour en Polynésie française, 4 femmes sont victimes d’un acte violent.
 
Pour autant, hors de question de stigmatiser tel territoire par rapport à un autre. Au contraire, je viens ici témoigner du dynamisme et du travail de fonds du tissu associatif pour lutter contre les violences faites aux femmes, qui est, je le rappelle, un drame universel.
 
La Polynésie française a déjà organisé à 3 reprises des Assises de l’aide aux victimes et de la prévention de la délinquance. Les dernières en date ont eu lieu en novembre 2016 et les violences sexuelles et intrafamiliales ont été au centre des débats.
 
Je salue également la volonté du Pays qui a largement intégré la prévention des violences faites aux femmes dans ses politiques sociales, éducatives et liées à la condition féminine.
Je sais aussi pouvoir compter sur l’implication accrue des maires dans ce travail collectif.
Je m’exprime aujourd’hui en tant que responsable politique, mais je m’exprime aussi en tant que citoyenne, femme ultramarine, qui connait ces réalités.
 
Le rapport du CESE rappelle le contexte socio-économique difficile des territoires d’outre-mer. Le chômage, la pauvreté, la précarité sont des facteurs aggravants dans les faits de violences faites aux femmes.
Depuis plusieurs mois, suite aux scandales de l’affaire Weinsten, des centaines de milliers de femmes ont repris la parole, dans la sphère publique ou sur les réseaux sociaux. C’est un signe fort de courage, le courage de mettre des mots sur des violences cachées, subies, et bien réelles.
 
La révolution des mentalités est en cours à l’échelle mondiale et je refuse que les outre-mer en soient les spectateurs.
Sur les îles d’outre-mer, les mesures d’éloignement sont par définition plus difficiles à appliquer. Les victimes et leurs agresseurs vivent en vase clos, tout le monde se connait. A l’acte d’agression s’ajoute la honte, la pression, le regard des autres, qu’on ne peut pas fuir.
En Polynésie française, les taux d’élucidation des violences sont très élevés (83% en 2016). Mais comment fait-on si des femmes victimes ne portent pas plainte, de peur des représailles, de la rumeur, des jugements ou par crainte d’être mal reçues par les autorités ?
 
Au-delà de la libération de la parole, l’enjeu principal reste la gestion de l’après : comment accompagne-t-on mieux les victimes ?
En Polynésie française, un plan de formation des personnels de police et de gendarmerie, chargés d’écouter les victimes, est mis en œuvre ; un signalement en ligne, via une page Facebook du Parquet a été spécifiquement créé et un dispositif d’alerte Téléphone Grave Danger a été lancé pour protéger les victimes les plus vulnérables. Je souligne à cet égard l’exemple très encourageant que constituent les 24 conventions de collaboration « police municipale – police nationale – gendarmerie nationale ».
 
Toutes ces actions s’inscrivent dans la feuille de route du gouvernement : la lutte contre les violences faites aux femmes est l’une des grandes causes du quinquennat. Le Président de la République a annoncé trois grandes séries de mesures. 
D’abord les mesures de prévention et de sensibilisation avec un grand plan de formation dans le secteur public.
Ensuite, les mesures d’accompagnement des victimes de violences sexuelles et sexistes.
Enfin, les sanctions envisageables contre les auteurs de violences.
 
Toutes ces  mesures ont vocation à être déclinées dans les outre-mer, en prenant en compte les spécificités et les particularités de chaque territoire. Encore une fois, le « réflexe outre-mer » est essentiel.
Mais l’autorité publique, Etat ou collectivité, ne peut pas TOUT. Ces sujets sont l’affaire de tous et de toutes. Ces mesures doivent être coordonnées avec le travail de terrain de la société civile et l’évolution des consciences des citoyens.
 
Je saluer à nouveau le travail remarquable du tissu associatif polynésien. En témoigne le foyer d’accueil pour femmes « Pu O Te Hau » que nous venons de visiter. Les  associations réunies au sein du Conseil des femmes de Polynésie françaises mènent des actions utiles, salutaires, qu’il faut encourager.
 
Le Conseil des femmes, qui vient de fêter ses 35 ans, est le porte-voix des problématiques liées à la condition féminine auprès des autorités polynésiennes. 
Tous ces acteurs et actrices de terrain sont investis chaque jour. Leur travail se passe loin des caméras, mais il permet d’agir en profondeur.
 
Lutter contre les violences faites aux femmes en punissant les auteurs des crimes est bien entendu indispensable. Mais, vous le savez, la violence symbolique, les rapports de domination inscrits dans les mentalités, sont les racines du passage à l’acte. Il est donc fondamental de s’attarder sur la prévention, la lutte contre les stéréotypes, et ce dès le plus jeune âge. Je souligne ici le rôle crucial de l’école et des professionnels de la petite enfance.
 
C’est d’ailleurs le cas en Polynésie française avec l’action du Comité d’éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC) qui est chargé de mettre en place dans les établissements scolaires des parcours santé-citoyenneté.
***
Mesdames et messieurs,
La parole s’est libérée dans le monde. Elle s’est libérée dans l’hexagone. Elle tend à se libérer de plus en plus dans les outre-mer.
L’égalité femme-homme est un puissant vecteur de développement. Cette cause est fondamentale. Je compte sur chacun de vous pour en être l’étendard.
Je vous remercie.
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