Publié le 22 novembre 2016

Intervention de Madame Ericka BAREIGTS, Ministre des Outre-mer Remise du Rapport de la Commission d’information et de recherche historique

Ericka Bareigts, ministre des Outre-mer, recevait, le 21 novembre 2016, le rapport de la Commission d’information et de recherche historique sur les évènements survenus entre les 20 et 23 décembre 1959 en Martinique ; les évènements relatifs aux conditions de l’accident d’avion survenu le 22 juin 1962 en Guadeloupe et en Guyane, et les évènements survenus entre les 26 et 28 mai 1967 en Guadeloupe.

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Monsieur le Président de la Commission, cher Benjamin STORA,
Mesdames et Messieurs les Membres de la Commission,
Mesdames, Messieurs,
 
Aujourd’hui, la France a rendez-vous avec elle-même.
Aujourd’hui, la Commission d’information et de recherche historique présidée par Monsieur Benjamin STORA me remet officiellement son rapport concernant les événements de décembre 1959 en Martinique, de juin 1962 en Guadeloupe et Guyane et de mai 1967 en Guadeloupe. Permettez-moi tout d’abord de saluer le travail considérable mené par l’ensemble des membres de la Commission, des historiens tous reconnus dans leur discipline et passionnément investis dans la mission qui leur a été confiée. La recherche historique demande rigueur et exigence : vous nous le prouvez par la description précise et minutieuse que vous établissez des événements étudiés. Je veux également rendre hommage au président de cette Commission historique, Benjamin STORA, extrêmement engagé à connaître et faire connaître l’Histoire de France, avec ses ombres et ses lumières. Permettez-moi, enfin, de rendre hommage à mes prédécesseurs : Victorin LUREL, qui a initié cette Commission, et George PAU-LANGEVIN qui l’a institutionnalisée.
***
Je le disais, aujourd’hui, la France a rendez-vous avec son Histoire.
 
Je crois qu’un pays s’honore toujours à apaiser sa mémoire, notamment en regardant lucidement son passé.
C’est une preuve de courage, c’est une preuve de maturité.
 
Votre Commission s’est intéressée :
  • Aux émeutes du 20 au 23 décembre 1959 en Martinique.
  • A l’accident d’avion du 22 juin 1962 en Guadeloupe.
  • Aux événements survenus entre le 26 et le 28 mai 1967 en Guadeloupe.
Ces trois événements historiques, bien que très différents, ont un point commun : ils ont profondément marqué la Guadeloupe, la Guyane et la Martinique.
Ces trois événements historiques se rejoignent sur un autre point essentiel : leur déroulement, leurs acteurs, l’enchaînement des causes et des conséquences, étaient jusqu’alors peu ou mal connus. Il n’y avait eu que trop peu d’études universitaires et scientifiques qui s’étaient intéressées à ces périodes de l’Histoire pourtant significatives.
 
Ce manque de savoir a laissé place à tous les fantasmes qui entravent la possibilité pour la mémoire collective d’aborder sereinement cette partie de l’Histoire.
 
Il était donc important que des scientifiques reconnus puissent se pencher sur ces événements en 1959 en Martinique et en 1962 et 1967 en Guadeloupe. Mieux connaître ces trois événements historiques. Mieux connaître, en somme, notre propre Histoire collective. Mieux connaître notre passé commun avec ses pages lumineuses comme ses pages d’ombre.
Il ne s’agit pas de créer une Histoire officielle, voire une mémoire officielle.
 
 
Il s’agit simplement de regarder notre Histoire telle qu’elle est afin de pouvoir faire émerger une mémoire apaisée et construire les bases d’un dialogue scientifique.
 
A cette fin, une Commission d’information et de recherche historique a été créée avec une mission à la fois exigeante et difficile : faire la lumière sur ce qui s’est passé dans notre pays il y a presque soixante ans.
Une nécessité s’imposait d’emblée : la totale indépendance des membres de cette Commission et la mise à disposition des archives des pouvoirs publics. Cette exigence a été respectée. Ni moi ni mes prédécesseurs ne sommes donc intervenus dans les débats scientifiques qui ont animé cette Commission afin de faire surgir la vérité de l’Histoire. Il est important de le souligner : les conclusions qui sont rendues dans ce rapport sont les conclusions de la Commission historique.
Cette Commission est historique à plus d’un titre !
 
Historique par son sujet d’étude mais également historique car les précédentes Commissions historiques initiées par l’Etat n’avaient concerné jusqu’alors que la Seconde Guerre mondiale. Ce furent ainsi la Commission sur le fichier juif présidée par le grand historien René REMOND en 1992 ou la Commission présidée par Jean MATTEOLI sur la spoliation des Juifs de France en 2000.
Aucune commission historique ne s’était intéressée aux Outre-mer. C’est donc une grande première de découvrir aujourd’hui les fruits du travail d’une Commission historique portant sur des événements étant survenus au sein des Outre-mer. La vive attente que suscite votre rapport en témoigne !
*
Je l’ai dit : la création de cette Commission historique témoigne de notre volonté de regarder l’Histoire en face. Les Français sont maintenant prêts. C’est une volonté forte du président de la République et du gouvernement. C’est un engagement du Président de la République.
 
Elle marque également le souhait de s’intéresser davantage à l’Histoire des Outre-mer, qui est mal connue. Les recherches historiques portant sur ces territoires méritent d’être plus largement développées. Ces régions sont riches de leur Histoire !
 
Nous devons connaître et faire connaître les pans de l’Histoire des Outre-mer car il s’agit tout simplement de l’Histoire de France, de notre Histoire à tous.
C’est le sens de la résolution que j’ai proposée à l’Assemblée nationale portant sur les Réunionnais de la Creuse. Ces jeunes Réunionnais ont été déplacés par milliers, entre 1963 et 1982, sur ordre de l’Etat, pour participer au repeuplement de ce territoire rural. Tout comme les événements de Martinique et de Guadeloupe auxquels cette Commission s’est intéressée, nous ne connaissons qu’imparfaitement ce qui s’est passé à cette époque. C’est pourquoi nous avons créé une Commission d’information et de recherche historique, présidée par Philippe VITALE, afin d’approfondir la connaissance de cet événement et de contribuer à sa diffusion. Celle-ci a été installée en février 2016 et, afin de laisser aux scientifiques le temps de la recherche, elle rendra ses conclusions en février 2018. Nous aurons un point d’étape l’année prochaine sur les travaux de la Commission. Ils sont, eux-aussi, attendus et contribueront à mieux connaître cette mémoire difficile et douloureuse.
***
Mesdames, Messieurs, La démarche que nous menons n’est pas uniquement tournée vers le passé.
Raymond ARON disait : “Connaître le passé est une manière de s’en libérer.”
 
Je le crois aussi : c’est en regardant avec lucidité notre passé que nous pourrons bâtir ensemble notre futur. Ce travail historique, en présentant l’Histoire de France telle qu’elle est, participe donc pleinement à l’unité et la concorde de la Nation.
 
Je souhaite ainsi que le travail mené par cette Commission soit le plus partagé possible afin que l’Histoire des Outre-mer intègre pleinement l’Histoire de France. En tant que Ministre des Outre-mer, en tant qu’élue de la République, en tant que femme ultra-marine, je suis fière que nous assumions notre Histoire collective. Fière qu’aujourd’hui, devant nous et grâce à vous, la France puisse embrasser son Histoire.
Je vous remercie.
Contact

Services de presse
► Ericka Bareigts : 01 53 69 26 74

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